



Né à Paris en 1946, Bertrand Mary a passé son enfance et son adolescence en Grande-Bretagne. Il fait ses études secondaires au Lycée français de Londres, où il a pour professeur le philosophe et sémiologue Louis Marin qui encourage son goût pour les sciences sociales.
Pendant ces années, il est profondément marqué par l'emprise de la culture populaire - du football au rock naissant et au pop art - sur la société anglaise. Il découvre le livre - devenu un classique - du sociologue Richard Hoggart sur le monde ouvrier, « la Culture du pauvre » (The Uses of Literacy), en même temps que les « Mythologies » de Roland Barthes, deux ouvrages qui influenceront ses recherches sur la culture de masse, avec un troisième: l'essai-pamphlet de Jean Baudrillard « A l'ombre des majorités silencieuses ».
Revenu en France, il fait des études de sociologie à l'Université de la Sorbonne ; avant de suivre une formation spécialisée en économie des nouvelles technologies de la communication dans le cadre du Séminaire Multi-Médias CESTA-Le Monde.
Depuis la fin des années 70, Bertrand Mary travaille comme consultant et expert pour les collectivités locales. Ses activités professionnelles l'amènent à voyager en Afrique, au Japon et en Amérique du Nord. Au cours de ses séjours à l'étranger, il est frappé autant par l'omniprésence d'images et de mythes communs d'un continent à l'autre que par l'extraordinaire diversité de leur interprétation et de leur inventivité.
Dans les années 80, l'auteur s'installe en banlieue au nord de Paris, dans le vallée de Montmorency, et commence une série de livres consacrés aux grandes imageries populaires de l'époque contemporaine. Son intention est de décrypter la fascination qu'exercent celles qui ont réussi à s'imposer le plus durablement - au-delà des frontières, des peuples, des groupes sociaux et des générations. En rupture avec l'idée dominante d'une homogénéisation culturelle croissante, son intention est de montrer comment ces oeuvres ne cessent depuis plus d'un siècle d'être façonnées par les échanges et les influences réciproques - notamment entre la culture européenne et la culture américaine.
« La Pin-up ou la fragile indifférence », son premier livre publié par les Editions Fayard en 1983, reconstitue la genèse du mythe de la pin-up, depuis ses origines à la fin du XIXème siècle en Europe jusqu'à son apogée aux Etats-Unis et son déclin à la fin du XXème siècle. En pleine montée du féminisme, ce livre rend hommage aux pin-up anonymes comme aux stars - mettant en lumière le rôle émancipateur et longtemps subversif de ces femmes qualifiées bien à tort de « légères ».
Salué par la critique lors de sa publication en 1983 - de Philippe Sollers à Bernard Pivot - cet essai a été adapté depuis pour la télévision. Bertrand Mary fait la rencontre du réalisateur Jérôme Camuzat en 1992, ils écrivent ensemble l'adaptation du livre qui sera co-produite par Canal + et la chaîne câblée américaine Show-time, sous le titre « La Pin-up, un siècle de fantasmes » (en anglais : « A Picture history of America's dream girls »). Le documentaire, dont le commentaire est dit par André Dussolier, sera diffusé dans une quinzaine de pays. Il est ressorti en 2003 dans le DVD « L'Intégrale Pin-up » édité par Iliôm et Canal Studio. L'auteur et Jérôme Camuzat se lient d'amitiés et multiplient les projets de collaboration. Ils co-écrivent un autre documentaire pour Arte France (Programme Théma), intitulé « Plus Jamais Seul », l'un des tout premiers à se pencher sur le phénomène montant du téléphone portable. Basé sur un grand nombre de témoignages et d'interviews - de Jacques Attali à Théodore Zeldin et Edouard Zarifian, le film est diffusé en 2000. Jérôme Camuzat met fin à ses jours la même année, au moment où il préparait avec l'auteur deux nouveaux projets : une série sur les objets emblématiques du XXème siècle, et un film sur le designer Raymond Loewy, pour lequel ils avaient rassemblé et monté un grand nombre de documents inédits.
« La Photo sur la cheminée » est publié aux éditions Métailié en 1993. Cet essai sociologique relate l'histoire de l'invention et de la diffusion du portrait photographique auprès des masses. Il analyse le trouble sans précédent qu'a représenté la confrontation des gens de toutes conditions sociales avec leur propre image. Le livre montre en particulier les liens entre cette démocratisation du portrait et la crise de la religion, l'essor du narcissisme ou encore les séparations qui ont frappé les multitudes depuis un siècle et demi : des guerres aux grandes vagues d'immigration.
« La Photo sur la cheminée » est très bien accueilli par la presse; le critique photographique du Monde, Michel Guerrin en souligne l'originalité et écrit qu'il y voit le premier livre prenant pour objet d'étude « les photographiés, et non les photographes ».
« les Forcenés de l'image », son troisième livre, est publié chez Métailié en 2000. Avec ce livre, l'auteur s'éloigne un moment des passions collectives qu'il a privilégié jusque-là pour s'intéresser à des passions individuelles et extrêmes pour les images. Il choisit de retenir la forme de courts récits pour « autopsier » le rapport irrationnel et tourmenté entretenu par quelques personnages emblématiques de la modernité avec le cinéma et la photographie : de Daguerre et Lartigue à Howard Hughes et Diane Arbus.
A l'origine, les « Forcenés de l'image » devait comporter un chapitre sur Walt Disney, centré sur la face sombre et torturée du personnage. Le destin hors-normes de cet artiste mal compris, l'immense phénomène social et culturel représenté par le succès mondial de son oeuvre depuis sa mort, son statut de symbole absolu de l'impérialisme culturel américain décident Bertrand Mary à lui consacrer un livre, « Walt Disney et Nous - Plaidoyer pour un mal aimé » publié par Calmann-Lévy en 2004... En montrant l'omniprésence dans l'oeuvre de Disney des références à la culture européenne, le livre préfigure le thème de l'exposition qui se tient en 2006 à Paris et à Montréal sur « Les sources de l'art des studios Disney ».
Après avoir étudié depuis près de quatre ans le phénomène des nouveaux graffiti, l'auteur vient de terminer une histoire de ce mouvement, intitulé « Global Graffiti » qui paraîtra en 2011.