Chapitre inédit

D'autres portraits avaient droit de cité dans la demeure familiale, mais ils étaient fort différents de la photographie de mariage trônant au premier étage. Peu nombreux, c'étaient des clichés de petite dimension, tirés sur papier glacé et de date récente. Tour à tour y défilaient les silhouettes sans apprêts ni solennité de son père, de sa mère, de divers membres proches de sa parenté aux côtés desquels il lui arrivait souvent de se reconnaître.

Ces images lui paraissaient traitées avec désinvolture, par comparaison avec la sollicitude dont était entouré le portrait en haut de l'armoire. Elles faisaient en général des séjours si courts qu'on prenait rarement la peine de les encadrer, trainant ici et là comme des feuilles volantes, livrées aux courants d'air et à la poussière avant de rejoindre après quelques mois leurs semblables, au fond des tiroirs de la bibliothèque. Plusieurs emplacements leur étaient alloués, bien en vue, situés au rez de chaussée de la maison : la cheminée de marbre du salon, glissées dans les bordures dorées de la glace en verre étamée ; la commode de la salle à manger, près de la grosse pendule en bronze, derrière les piles de courrier et de factures ; le guéridon de l'entrée ou ses parents posaient leurs clefs, entre le téléphone fixé au mur et le porte-parapluie.

S'il se rappelait parfaitement ces invariables localisations, aucune des images qui s'y étaient succédées au fil des années ne lui avait laissé le moindre souvenir, tant il avait dû s'attarder rarement devant ces indispensables photographies de famille. II savait simplement qu'apercevant à la va-vite ces visages qu'il connaissait par coeur, ils lui avaient plus d'une fois fait penser aux incongrus portraits d'animaux représentés sur les illustrations de contes pour enfants. Ceux-ci figuraient comme un leitmotiv dans des livres dont il lui arrivait encore de parcourir les pages colorées. Dès qu'on pénétrait â l'intérieur d'une ingénieuse habitation édifiée au milieu d'une clairière, dans les branches d'un arbre ou sous une butte de terre, on était sûr d'y trouver le profil du propriétaire accroché au mur, parfois accompagné de celui de sa dame et de ses rejetons. Les images domestiques croisées au cours de ses allées et venues dans la maison familiale lui semblaient avoir la même redondance inutile et la même destinée à "faire partie du décor" que ces têtes encadrées d'ours, d'écureuils ou de rats des champs, surmontés du triangle formé par une ficelle pendue à un clou.

Cela ne l'avait pas empéché de s'interroger sur l'étrange habitude des hommes consistant à se doter de portraits sans éclat, voués à la pure et simple représentation d'eux-mêmes. Ils disposaient ces photographies tout autour d'eux, au sein de leurs territoires intimes. II y en avait là où ils se levaient le matin et se couchaient le soir, là où ils se reposaient après le travail, lisaient le joumal ou écoutaient la radio, là où ils faisaient la cuisine et prenaient leurs repas, recevaient leurs proches ou leurs voisins, mettaient leur manteau pour sortir... Une grande partie de leur vie s'écoulait ainsi sous le regard de leurs alter ego, dans l'incessante proximité de leurs propres reflets. Il n'avait pas tardé à mettre cette pratique au compte des coutumes les plus insolites en vigueur dans le monde des adultes. L'idée s'était progressivement ancrée en lui que les principes qui en régissaient le versant privé, celui des logis où les hommes étaient essaimés en petits groupes, ne devaient pas être moins complexes et impénétrables que les principes observés sur son versant public, celui des rues et des places noircies par la multitude.

Sa perplexité avait grandi en réalisant combien ces images pouvaient être nombreuses et vénérées chez d'autres gens que ses parents. Ils s'imposaient alors inéluctablement à son attention, sans doute du seul fait de les apercevoir loin de chez lui, dans des maisons différentes de la sienne. Et de là dataient ses premières réminiscences fiables de portraits réunis en abondance et avantageusement exhibés, celles qui lui avaient fait prendre toute la mesure des liens étroits attachant les adultes aux photographies. Cela se passait dans des circonstances assez particulières. Elles survenaient régulièrement, quand il devait suivre ses parents dans des visites de courtoisie auprès de membres éloignés de sa famille ou de relations proches. Ces sorties avaient lieu plusieurs fois par an, à partir du retour du printemps. Quelques jours auparavant, en entendant prononcer certains noms associés a un tel projet, il savait d'emblée qu'aucune ruse ne lui pennettrait de se soustraire à l'épreuve.

Ces visites se ressemblaient inexorablement, malgré la diversité des domiciles servant, à tour de rôle, de destination au déplacement prévu. Ce pouvait être des résidences aux façades blanches ou d'obscurs appartements cossus dans les beaux quartiers, des maisonnettes alignées au cordeau dans de pauvres banlieues ou des fermes isolées derrière des haies au milieu de champs à perte de vue... II y retournait à chaque fois avec le même sentiment découragé, comme s'il s'était agi d'une mise en pénitence imméritée. L'idée des cadeaux qu'il en ramènerait, loin d'être une consolation, renforçait encore sa réticence : boites collantes remplies de bonbons au miel ou de fruits confits, cornets de dragées, vieilles pièces de monnaie n'ayant plus cours, coquetiers ou timbales d'argent, mouchoirs brodés portant ses initiales... Il lui était même arrivé de revenir de l'une de ces expéditions avec un petit crucifix en bronze glissé à l'intérieur d'un emballage de tube de dentifrice.

Une fois arrivé sur place, les heures de la joumée s'égrenaient, interminables. Elles étaient faites d'un enchaînement laborieux de politesses, d'échanges de nouvelles, de dialogues décousus - prononcés comme des litanies. Le piège de ces contacts ouatés et monotones se desserrait parfois durant une heure ou deux, quand il avait la possibilité d'aller jouer dehors. Le répit ainsi accordé lui paraissait toujours trop court, alors qu'il n'avait gardé de ces échappées solitaires et de ces jeux avec ses compagnons d'un jour que des impressions d'une fébrilité ennuyée. C'étaient des aperçus imprécis d'allées de gravier, sur lesquelles crissaient les chaussures, entre des alignements de buis et d'aucubas ; de cours d'immeubles, aux pavés irréguliers et gênants pour les roues des trottinettes ou des bicyclettes, égayées par une pompe à eau et des pots de géraniums rassemblés devant la porte vitrée de la concierge ; de longs sentiers de terre déserts, cernés d'enclos de pierre, menant vers des prairies surchauffées et des vergers livrés au bourdonnement des abeilles et des bourdons.

Bien avant la tombée de la nuit, alors que le soleil brillait encore haut dans le ciel, il entendait le signal réitéré le sommant de ''rentrer" qui l'obligeait a rebrousser chemin et à réintégrer l'intérieur de la maison. II retrouvait ses parents assis dans une grande pièce en compagnie des maitres du lieu. Fréquemment, d'autres invités, membres de la famille ou gens du voisinage les avaient rejoints. La petite assemblée était déjâ installée autour d'une table recouverte de boissons, de verres, de tasses, de gâteaux et de biscuits servis sur des assiettes peintes.

Quelqu'un lui indiquait un endroit ou s'asseoir, situé un peu en retrait du cercle irrégulier formé par les adultes. Cela pouvait être une chaise en formica amenée de la cuisine, le bout d'un gros banc en bois, un profond fauteuil aux larges accoudoirs resté innoccupé, une inconfortable chaise en paille que rien ne distinguait de celles disposées en rang dans les églises. Quand il n'y avait plus de siège libre, il se retrouvait assis sur le plancher, un coin de tapis ou un sol de terre battue, grossièrement balayé. Depuis sa place, il cherchait à voir la bouteille de sirop qu'on avait rajoutée pour lui, celle réservée aux enfants, dont il avait cherché préalablement à deviner la couleur. De ces boissons qu'il ne buvait pas ailleurs, il aimait en effet surtout l'aspect, à travers le verre transparent, plutôt que le goût fade de breuvages qui restaient enfermés à longueur d'année au fond d'obscurs placards. II en aimait les rouges, les verts, les jaunes, les oranges, à la fois tranchés et limpides, lui rappelant les coloris des liquides bizarres contenus dans les fioles ventrues, aux devantures des pharmacies. Puis il restait là, immobile, sans trop bouger. II buvait à petites gorgées le sirop dont l'attrait avait disparu de son verre, dilué par l'eau du robinet, et il écoutait d'une oreille distraite quelques bribes des conversations qui suivaient leurs cours.

II savait pourtant qu'il n'était pas complètement seul dans son désoeuvrement. Si les adultes rassemblés lui tournaient le dos ou ne faisaient plus attention à lui, l'impression familière revenait, celle d'une présence vague, comme si plusieurs visages avaient leurs yeux posés sur lui. Avant de repérer où ils se trouvaient, il devait accommoder son regard et chercher dans le fouillis des meubles et des murs - surtout lorsque, la nuit commençant à tomber, les lumières n'avaient pas encore été allumées. Le premier portrait ne tardait pas à se montrer, suivi de nombreux autres. Ils apparaissaient aux endroits les plus imprévisibles de la pièce, et même tout près de lui, alors qu'il n'avait rien remarqué jusque-là. Ils étaient là, au milieu des bibelots, des bouquets de fleurs séchées et des saints en faïence, en haut d'une commode ; sur des étagères pleines de rangées continues d'assiettes peintes, entre les colonnes sculptées d'un vaisselier; au-dessus des napperons en dentelle ou de la toile cirée d'une table de rangement; près d'un calendrier des postes au paysage jauni, d'un cadre contenant un diplôme décoré de liserés dorés ou des médailles militaires aux rubans bariolés ; sur le papier à fleurs, le long de la bordure d'un grand miroir, ou sur le manteau, assombri par la suie, d'une cheminée éteinte.

Campant avec lui aux franges du groupe bavard d'adultes, les portraits ne semblaient pas tout à fait à l'aise. On aurait dit des étrangers en visite, aussi mutiques et oubliés de l'assistance qu'il l'était lui-même. L'illusion était d'autant plus forte qu'aucune des photographies ne rappelait la figure d'une personne présente ce jour-là dans la pièce. Or, il savait par expérience qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Plusieurs de ces têtes et de ces corps sur les images appartenaient bel et bien à des individus assis devant lui. Il l'avait appris à ses dépens, ayant plus d'une fois démontré son incapacité à établir un rapprochement entre les portraits et les originaux, qu'il avait tendance à littéralement perdre de vue sous leurs airs compassés et leurs allures obsolètes. Depuis, il avait renoncé â leur accorder un nom, ou un rang de parenté. Il évitait tout aussi consciencieusement de solliciter les adultes pour leur poser des questions au sujet d'un visage plus intriguant à ses yeux qu'un autre.

De la sorte, ces portraits demeuraient des inconnus. Ce statut s'appliquait à tous, y compris à ceux qu'on avait pu lui désigner pour qu'il apprenne à les reconnaître : lointain aieul, cousin jamais rencontré, ou tante dont il avait du baiser les joues lors de son arrivée. Et à chaque nouvelle visite, il recommençait à scruter ces silhouettes sans identité établie, à la raison sociale incertaine. A force de les fréquenter, elles lui apparaissaient appartenir à des êtres à part, irrémédiablement déconnectés du monde rebattu des adultes qui, autour de lui, continuaient à se passer des parts de gâteaux et à remplir leurs tasses et leurs verres vides.

Mais l'irréalité des portraits - il n'avait jamais vu d'adulte, fut-il le plus dépourvu de naturel, se présenter dans la vie avec une raideur aussi empesée - n'arrivait pas à en retirer l'humanité. Au contraire, il avait souvent remarqué que ces images lui inspiraient des sentiments plus immédiats et nets que la plupart des hommes et des femmes qu'il devait saluer ou embrasser à longueur de temps. Etait-ce l'effet de leur isolement involontaire entre les bordures des cadres, comme une mise à l'épreuve sans fin, ou de leur fixitè absolue, permettant de les contempler à loisir sans être vu ? Toujours est-il qu'il n'avait pas été loin de penser à avoir à faire avec ces images à des répliques condensées, comme décantées, des vrais êtres humains, en chair et en os.

Ainsi, il se souvenait d'avoir vu, parmi les photographies disposées dans ces intérieurs, des personnages d'emblée si peu engageants qu'il préférait essayer d'éviter leur regard, pourtant figé. Ceux-ci passaient difficilement inaperçus, tant ils occupaient en général les meilleures places de la maison. Il s'agissait d'hommes portant des chapeaux melon ou des képis d'officier, arborant des moustaches gominées, les pouces enfoncés dans les poches de leur veste ou de leur gilet ; de femmes dont les traits disparaissaient sous des chapeaux en forme de cloche et des fourrures de renards entiers, enlacées autour de leurs épaules, un sac à main ou un livre de messe vigoureusement serré contre leur hanche. Ces individus paraissaient à l'évidence tellement peu commodes qu'il était à chaque fois content de ne les croiser qu'en effigie. II avait d'ailleurs eu l'occasion de constater son soulagement, après qu'on lui eût montré l'un de ces portraits pour qu'il n'ignore pas le destin de l'original, depuis longtemps mort et enterré.

A l'inverse, il y avait des figures si visiblement avenantes qu'à leur seule vue il aurait volontters accepté de se déplacer pour les rencontrer, pour peu qu'on lui en eût fait la proposition. Sensiblement moins nombreux à se faire remarquer par ce signal favorable, ce pouvait être un homme coiffé d'un chapeau de paille incliné sur une oreille, une cigarette au coin des lèvres, ou tête nue, le visage halé, le corps nonchalamment appuyé contre le capot d'une voiture ; une femme dont le cou dégagé par l'échancrure d'une robe élégante laissait voir un large bijou retenu par un ruban, ou les cheveux cachés par un bonnet lisse, vêtue d'un maillot de bain serré sur le corps et arborant un large sourire, assise sur un rocher. Ils avaient l'air absent et paraissaient complètement indifférents à leur insertion fortuite dans un tel décor, près d'un nécessaire à couture, d'une paire de lunettes aux verres épais, ou d'un plat à pied rempli de faux fruits en carton mâché. Séduit par leur insouciance aussi sympathique que décidée, il les retrouvait avec le même plaisir à chaque visite, comme des visages amis - quoique peu intimidants.

Il avait aussi repéré parmi les portraits des individus autrement effacés. Ils n'avaient certes rien de déplaisant, mais leur vision l'attristait. C'étaient des hommes à l'expression peu assurée, les traits tirés comme s'ils souffraient d'une fatigue inexpliquée, le port du costume civil leur donnant l'air endimanché et celui de l'uniforme militaire d'en être affublé contre leur gré ; des femmes à l'allure gauche, au regard baissé, ayant la marque de l'humilité jusque dans leurs bras ballants, esquissant des sourires forcés, vêtues de robes très sombres et trop larges. Il lui semblait que ceux-la étaient souvent disposés en retrait des autres portraits. Il lui arrivait du reste de se dire que leur expression signifiait qu'ils avaient eux-mêmes souhaité cette place, tant ils paraissaient soucieux de montrer qu'ils ne demandaient rien à personne, préférant se faire oublier dans les recoins de la pièce.

La relation durable qu'il entretenait avec les portraits ne réussissait pas à dissiper le mystère de ces images. Reconduite année après année, elle ne lui permettait toujours pas de saisir leur vraie raison d'être. Cette question n'en était apparue que plus énigmatique quand il avait commencé à pressentir l'élément sur lequel reposait l'affinité profonde entre toutes ces photographies : au-delà des dissemblances apparentes de ces figures - agréables ou féroces, légères ou tristes -, elles partageaient une identique froideur. Et, avec le temps, celle-ci était devenue vaguement inquiétante.

Contemplant les portraits à la lumière de ce dénominateur commun, il avait acquis la certitude que celui-ci provenait moins des individus eux-mêmes que des coloris employés pour les rendre visibles. Les contrastes accusés entre les noirs et les blancs dessinant le tracé des corps comme des visages devaient participer pour partie à leur pénible éloignement. La sèche bichromie des clichés suggérait que les silhouettes étaient prisonnières d'un ordre schématique, sans concession. Cependant, il était persuadé que c'étaient les surfaces les entourant, avec leurs tonalités intermédiaires, qui étaient principalement responsables de l'impression créée. La couleur dominante en était le gris, parfois mélangé à d'autres teintes passées, tel le marron d'Inde ou le blanc ivoire. Mais le terme de "gris" était bien plat pour rendre compte de l'effet produit. L'espace entier où se tenaient les personnages des portraits, y compris l'air qu'ils respiraient, ressortissait à un climat abstrait, brumeux à l'extrême. C'était un gris comme il n'en voyait nulle part dans le monde réel; une couleur à peine palpable que traduisait avec une meilleure exactitude le mot de "grisaille" utilisé pour définir une vie ou une atmosphère, et dont il ne pouvait s'empêcher, en le lisant dans un livre, de se demander comment on pouvait la reconnaître.

Convaincu que la clé du mystère devait résider dans cette direction, l'idée lui était venue que ces rudes tonalités étaient peut-être autant de mauvais présages. Presqu'aussitôt, il avait cru à sa portée d'en percer le sens caché. Son interprétation lui avait paru d'autant plus probante qu'elle permettait aussi d'expliquer pourquoi les adultes tenaient tellement à conserver les portraits en permanence auprès d'eux.

Pour se comparer aux coloris blêmes des photographies, il n'avait trouvé dans son imagination que ceux qu'il associait au paysage de la fin du monde, durant cette période de son enfance. Quant il lui fallait se représenter l'avènement du Jugement Demier, il revoyait toujours la même vision. II y avait une vallée immense, très loin dans des montagnes désolées. Elle était plongée dans une lumière inhumaine, et paraissait sombre en plein jour. Sur l'un des versants, au pied des rochers, une foule innombrable se pressait devant un grand trône blanc. Des éclairs striaient le ciel et jetaient par intermittences des lueurs âpres sur la masse des hommes ayant séjouné sur la Terre.

Depuis l'âge où il avait cette scène en tête, il s'était souvent interrogé sur les modalités du Jugement et en premier lieu sur les indices qui seraient utilisés pour prononcer les sentences. Il ne comprenait pas comment les seules faces des morts ressuscités pourraient suffire au Juge Suprème pour décider du sort de toutes ces âmes. Et il avait encore plus de mal à le comprendre en pensant a l'interminable défilé, à la lumière précaire, et au peu de temps dont Il disposerait pour chaque individu...

Du rapprochement entre l'énigme, restée durablement en suspens de la fin du monde et celle, plus récente, des photographies avait surgi la solution : les portraits devaient être les pièces à conviction conservees par les hommes en prévision du jour ultime. Il n'était donc guère étonnant que les adultes aient prévu de toujours garder ces images à leur portée ; il était également peu surprenant qu'ils aient tenu à taire devant lui la véritable cause de leur conduite étrange. Dès lors, et pour longtemps la raison d'être des portraits s'en était trouvée éclairée et il avait regardé d'un autre œil l'austérité menaçante des coloris comme les airs soucieux des visages qu'il continuait de croiser, à chaque visite, sur les murs et les meubles.

Bertrand Mary
1993